Markale Jean - Le cycle du Graal Volume 3 Lancelot du Lac


Auteur : Markale Jean
Ouvrage : Le cycle du Graal Volume 3 Lancelot du Lac Troisième époque
Année : 1993

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Celui qui devait venir. À considérer l’ensemble des multiples épisodes qui constituent la grande épopée arthurienne, et dont le couronnement sera l’étrange Quête du Graal, on discerne aisément les éléments d’une subtile théogonie devenue, par une sorte de jeu littéraire, une fantastique cosmogonie où rien n’est laissé au hasard. Chaque personnage apparaît au moment opportun, chargé non seulement de sa propre histoire mais aussi de celle des autres, de cette collectivité d’abord informelle puis régie selon des normes précises. Le but avoué est de créer sur cette terre une société parallèle à celle qui est supposée exister dans un autre monde, le monde des « idées pures » si cher à Platon et aux néo-platoniciens, dont le plan est tracé par Dieu dans le chemin des étoiles et que les êtres humains doivent retrouver coûte que coûte s’ils veulent aller au bout de leur destin, s’ils veulent enfin accomplir ce qui a été prévu de toute éternité. Mais les êtres humains sont doués de liberté, et cette liberté, dont l’apprentissage n’est pas toujours réussi, peut les conduire en des impasses d’où il n’est pas toujours possible de revenir indemne. L’erreur est toujours pardonnable, mais elle laisse des blessures qui ne se guérissent jamais vraiment. Tout cela pose le problème, terriblement actuel, du déterminisme (voire du fatalisme) qui marque la recherche scientifique dans son ensemble, et plus particulièrement du « conditionnement » de l’individu humain qui serait emprisonné dans un programme génétique savamment mis au point, on ne sait d’ailleurs par quelle entité supérieure, au cours d’un « bigbang » aussi mystérieux qu’une équation mathématique prétendant expliquer le monde et l’existence. Mais les auteurs du cycle arthurien, loin de tomber dans le piège de l’analyse, tentaient de réintégrer l’humain dans une dimension cosmique à l’aide de notions simples et concrètes, matérialisées par des aventures, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire des événements « sur le point d’arriver », ce qui laissait, nul ne peut en douter, une certaine incertitude sur un futur à la fois proche et lointain, néanmoins riche de potentialités en tout genre. Les romans arthuriens déroulent leurs arcanes majeurs sur une scène constamment bouleversée, alternativement soumise aux influences de l’ombre et de la lumière, où se débattent des acteurs qui semblent avoir oublié leur texte et qui improvisent, au fil des minutes, un jeu dramatique dont ils n’ont plus conscience des significations réelles. Pourtant, le plan divin, quel que soit le nom du dieu invoqué, est présent, dans le labyrinthe déroutant d’une forêt de Brocéliande parfaitement mythique, dont les sentiers, d’abord larges et somptueux, se perdent dans des fouillis de broussailles où dominent les ajoncs, ces arbustes qui égratignent au passage les imprudents désireux de continuer à errer à travers l’obscur, dans l’espoir fou de découvrir la clairière où se dressent les structures immanentes du château du Graal. Il y a pourtant des guides dans cette forêt. Toutes ces errances, qui peuvent paraître invraisemblables à des esprits mûris dans la logique méditerranéenne binaire héritée d’Aristote, ont été préparées de longue date par des précurseurs qui, chacun dans son époque, ont dévoilé une partie du message originel, celui qui a été perdu – symboliquement – durant l’épisode de la tour de Babel. Puis est apparu Merlin devant le roi Vortigern, traître, dictateur mais tristement faible par rapport au divin, avec toute sa verve diabolique, lui, l’enfant d’un démon incube, connaissant ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Merlin a été le « diable », « celui qui se jette en travers », le « provocateur » nécessaire à toute progression de l’aventure humaine, le prophète inspiré qui prêche le faux pour que surgisse le vrai, le « magicien » qui dérange l’ordonnancement d’un monde pourrissant pour que ce monde puisse renaître de sa dissolution et parvenir sinon à sa perfection, du moins à une étape supérieure de son évolution. Merlin, le diable… C’est-à-dire celui qui détruit le « ce qui va de soi » pour introduire la notion d’accomplissement. Merlin, le « Fou du Bois », qui vient réconcilier les inconciliables, le Bien et le Mal, et restaurer l’état primitif d’harmonie entre la Nature et l’Homme, en faisant prendre conscience à celui-ci qu’il possède en lui l’Esprit, ce qu’on avait tendance à oublier dans les turbulences théologiques qui, marquées par le passage de l’art roman à l’art gothique, allaient conduire, au cours des XIIe et XIIIe siècles, aux stérilités de la Scolastique. Mais Merlin n’est là que pour montrer le chemin, pour organiser un monde en pleine dérive, symbolisé par un royaume de Bretagne parfaitement mythique et inexistant sur le plan des réalités, déchiré entre toutes ses pulsions contradictoires. Il a remis en place le roi Vortigern, l’usurpateur, redonné le sceptre à la lignée légitime, celle d’Emrys et de son frère Uther Pendragon ; il a réintégré le royaume dans ses dimensions idéales, établi, pour Uther, ce mystérieux ordre de la Table Ronde à l’image de la confraternité chrétienne des premiers âges. Cela est absolument conforme à l’esprit celtique qui animait les héros des anciens temps : réaliser l’unité entre les tendances nouvelles (chrétiennes) et l’héritage du passé (le druidisme), et surtout, constatant l’incapacité d’Uther à aller plus loin, il a agi, de façon trouble et ambiguë, pour procurer à celui-ci un fils digne de sa haute mission tout en se réservant le droit d’en être le « parrain » effectif. Car, en réalité, Merlin est le père spirituel de ce fabuleux roi Arthur autour duquel va se constituer le nouveau royaume terrien, dans l’attente du royaume célestiel que seront seuls à connaître les découvreurs du Graal. Merlin est une sorte de démiurge chargé de donner au royaume ses structures, chargé de préparer les routes sinueuses qui mèneront au Graal, mais ce n’est pas à lui d’agir : se retirant du monde comme Iahweh au septième jour, il devient le deus otiosus qui, ayant confié ses pouvoirs aux humains, attend d’eux qu’ils poursuivent l’achèvement de sa création. Merlin a donc disparu de la surface de la terre. Il a choisi le retrait dans l’amour de Viviane, la timide – mais perverse – jeune fille qu’il a initiée aux grands secrets du monde. Car, il faut le remarquer, c’est à deux femmes que Merlin a dispensé son enseignement occulte, et non pas à des disciples mâles. Déjà, dans la version primitive de la légende, c’était à sa soeur Gwendydd qu’il confiait son don de prophétie. C’est maintenant, dans la légende évoluée, et chargée d’éléments hétérogènes, à deux êtres féminins qu’il transmet son héritage de démiurge : à Viviane, jeune vierge devenue la somptueuse Dame du Lac, image maternelle de la Déesse des Commencements, et à Morgane, la demi-soeur du roi Arthur, image inversée de cette Déesse des Commencements, provocatrice et fauteuse de troubles, mais pourtant celle qui recueillera, en fin de parcours, tout l’héritage de cette immense spéculation sur le monde mise en place au temps où il était l’Enchanteur, le Druide, le Démiurge. Morgane et Viviane, la nuit et le jour, l’ombre et la lumière, ne sont en fait que les prolongements du personnage ambigu qu’était Merlin, le Fou et le Sage, le Noir et le Blanc, le Druide et le Prêtre, le Fils du Diable et d’une Sainte Femme. Aux autres de choisir l’écueil contre lequel va se fracasser leur navire… Car Merlin s’est contenté de mettre en place les éléments d’une gigantesque machinerie dont le fonctionnement va être l’oeuvre d’acteurs prévus – et prédits – par lui. C’est d’abord et bien évidemment Arthur, authentique fils spirituel de Merlin dont celui-ci a tracé le destin sans pouvoir toutefois franchir les limites du libre arbitre. Bien avant d’être reconnu comme roi, Arthur a commis une faute – sans le savoir, mais la faute est quand même réelle –, dont Merlin sait qu’elle provoquera la fin de l’aventure : l’ombre de Mordret, fils incestueux d’Arthur, rôde sans cesse sur le royaume comme une menace, l’image de ces géants de la mythologie germano-scandinave qui, on le sait d’avance, envahiront un jour le domaine des dieux pour le détruire en un gigantesque embrasement. La première idée d’Arthur a été de faire disparaître cet enfant maudit afin de sauver le royaume, et il a même enclenché un savant processus pour effacer cette faute. Alors, Merlin s’est dressé contre lui, lui faisant reconnaître qu’un meurtre, condamnable en lui-même, ne pourra jamais lever la malédiction. Fatalisme ? Peut-être, mais c’est surtout la prise de conscience de la responsabilité individuelle dans le collectif qui est ici mise en évidence : après l’acte d’un individu, rien ne sera plus comme avant dans toute l’humanité, car chaque être vivant appartient au cosmos dont il n’est qu’une parcelle liée indissolublement à toutes les autres parcelles. Et, tant bien que mal, Arthur, privé de la présence de Merlin, devra assumer son rôle avec toute la responsabilité qui pèse sur lui. ...

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