Gohier Urbain - Leur république


Auteur : Gohier Urbain (Degoulet Urbain - Blümchen Isaac)
Ouvrage : Leur république
Année : 1906

Lien de téléchargement : Gohier_Urbain_-_Leur_republique.zip

Comme en Russie. Au commencement de l'année 1906, après les humiliations et les angoisses de l'affaire marocaine, les vétérans du Panama qui gouvernaient la France se trouvèrent dans une passe difficile. La dénonciation du Concordat et les inventaires paroissiaux indignaient les catholiques ; la propagande anti-millitariste et l'agitation syndicaliste épouvantaient la bourgeoisie. Le cabinet Rouvier tomba. La catastrophe de Courrières (10 mars) troubla l'esprit public : douze cents mineurs furent enterrés vifs, parce que la Compagnie, qui distribuait des dividendes annuels de 1000 pour 100, n'avait pas voulu faire la dépense des travaux de sécurité ; puis, ces douze cents hommes, qu'on pouvait sauver, furent sacrifiés froidement par les ingénieurs au salut de la mine (1). On craignit un instant que le peuple ne s'irritât. Le citoyen Jaurès, dans l'humanité, commenta « la tragique et significative coïncidence du drame de Courrières avec la crise ministérielle » : c'était le langage même du P. Ollivier, jésuite, dans la chaire de Notre-Dame, après l'incendie du Bazar de la Charité. Le ministère Sarrien fut formé. Sous la présidence nominale d'un politicien-soliveau, il comprenait divers personnages qui avaient passé leur vie à s'entre-déchirer : des réacteurs déterminés, des épaves de la bande gambettiste, le fuyant Léon Bourgeois, et deux hommes qui attirèrent à eux toute l'attention : l'ex-anarchiste Aristide Briand, socialiste collectiviste révolutionnaire, propagandiste de la grève générale et de l'insurrection, et le « vieux débutant » Georges Clemenceau, qui chassait le portefeuille depuis trente-cinq ans. On attendait à l’œuvre ces amateurs de démolition sociale. Ils prirent à tâche d'étonner les badauds par la violence de leur zèle conservateur. A l'approche des élections générales et du 1^^ mai, que le Bloc judéo-maçonnique appréhendait au même degré, une sorte de dictature fut établie. La nation française, dressée à l'arbitraire par un siècle de régime césarien, subit Clemenceau comme elle avait subi Pietri et Fouché. La République a conservé soigneusement les armes du despotisme et elle en a forgé de nouvelles : avec l'article 10 du Code d'instruction criminelle, le loi du 7 juin 1848 sur les attroupements et manifestations, les Lois scélérates de 1893 et 1894, il n'est pas besoin de proclamer l'état de siège pour étouffer toute opposition. La liberté dont les citoyens croient jouir en temps normal n'est réellement qu'une faveur précaire. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice, le Parquet et la Police, . d'accord ou pour se combattre, peuvent pratiquer autant de perquisitions, soustractions de correspondances, confiscations de biens, violations de domiciles, arrestations, suppressions de personnes et de documents qu'il leur plaît, en se couvrant de textes légaux. M. Clemenceau, qui vivait depuis un demi-siècle en marge du code pénal, se trouva dans l'enivrante position d'un brigand qu'on aurait tiré du maquis pour le préposer au commandement de la force publique. Sa première pensée fut de jeter la moitié de ses sujets en prison. Déjà le ministère Rouvier avait fait arrêter les apôtres de l'Antimilitarisme, qui voulaient sauver le peuple du massacre, et les militants catholiques, qui prétendaient exiger le respect de leurs sanctuaires. Le nouveau Président Fallières, dès son avènement, avait rendu à la liberté plusieurs centaines de malfaiteurs de droit commun, nécessaires à la campagne électorale. M. Clemenceau se hâta de lancer des lettres de cachet contre les chefs des partis extrêmes, tant de gauche que de droite. L'idée n'était pas de lui. En 1898, au plus fort de l'Affaire Dreyfus, M. Cavaignac, membre du ministère Brisson, avait proposé à ses collègues d'arrêter net l'agitation révisionniste par l'enlèvement des principaux dreyfusards. Comme il s'était contenté d'une velléité et qu'il n'avait pas eu le courage de passer à l'exécution, M. Cavaignac ruina sa carrière politique ; il fut flétri par ses adversaires, abandonné par ses amis, et mourut oublié. M. Clemenceau, qui avait figuré sur la liste noire de M. Cavaignac, profita de la leçon. Il résolut de faire ce que son ennemi n'avait pas fait, et d'en tirer gloire. Il mit sous les verrous les meneurs du Parti syndicaliste, les secrétaires et trésoriers de la Confédération générale du Travail, quelques personnages subalternes du parti bonapartiste et du parti royaliste, et il inventa un complot pour compromettre ensemble ces deux catégories d'opposants. Toute la presse républicaine, docile au Ministère de l'Intérieur qui lui octroie des subsides mensuels, insinua que les ouvriers grévistes du Nord, du Pas-de-Calais, de Brest, de Toulon, de Paris, et généralement toutes les organisations ouvrières soustraites au joug des politiciens, se laissaient soudoyer par le- conspirateurs réactionnaires : « la réaction relevait la tête » ; la République était menacée ; tous les attentats devenaient légitimes. Cette manœuvre grossière avait déjà beaucoup servi. Mais la grande force du syndicat gouvernant consiste dans sa connaissance exacte de l'imbécillité publique. Tous les quatre ans, la nécessité de sauver la République à tout prix est démontrée par les mêmes arguments, avec le même succès. L'accusation de trahison se répète infatigablement. ...

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